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2017 05 septembre

Richard Stallman – Le défenseur de la liberté que nous ne méritons sans doute pas, mais dont nous avons certainement besoin

Rédigé par Marc GUILLAUME | Aucun commentaire

Ceci est la traduction d'un entretien accordé par Richard Matthew Stallman au site indien, yourstory.com. Le texte original en anglais est disponible à cettre URL :
https://yourstory.com/2017/08/techie-tuesdays-richard-stallman/

Connaître Richard Stallman c'est connaître le vrai sens de la liberté. Il est l'homme derrière le projet GNU et le mouvement du logiciel libre, et le sujet de notre Mardi technique cette semaine. 

Ce n'est pas une histoire classique. Après de multiples tentatives pour contacter Richard Stallman pour un entretien, j'ai obtenu une réponse qui me préparait bien à ce qui devait suivre. Et je la partage avec vous pour que vous puissiez vous aussi vous y préparer.

Je suis enclin à vous accorder cet entretien, si vous pouvez vous mettre dans un état d'esprit philosophique et politique qui diffère totalement de celui dans lequel vos autres articles sont enracinés.

L'état d'esprit général de vos article est l'admiration pour le succès. A la fois le succès dans les affaires et le succès technologique. Mes valeurs sont en désaccord fondamental avec cela. De mon point de vue, le logiciel propriétaire est une injustice ; c'est même un méfait. Les gens devraient être honteux de faire du logiciel propriétaire. surtout quand ce logiciel est un succès. (si personne n'utilise un programme propriétaire, au moins personne n'est vraiment trompé). Du coup, la plupart des projets que vous considérez bons, je les considère mauvais.

Richard Matthew Stallman, le sujet de nos Mardis Techniques de cette semaine, est une force unique avec laquelle il faut compter. En tant que fondateur de la Free Software Foundation et du projet GNU, il a fait plus pour le mouvement du logiciel libre et pour l'humanité que la plupart des gens.

Richard Stallman

En dehors d'explorer sa vie privée, nous révélons certaines de ses idées et avis dans cet entretien ; Aadhaar[1] est-il bon ou mauvais ? L'Inde se porterait-elle mieux si Aadhaar avait été un échec complet ? Pourquoi la plupart des « startups » sont-elles mauvaises ? et plus encore. Il nous chante même une chanson parodique.

Voici quelques extraits de notre conversation avec Stallman.

Histoire américaine et droits civiques

Stallman a grandi à New York City et a fréquenté une école publique locale. Il était un fort en maths et a été placé dans une classe pour enfants brillants où il a appris un peu plus de mathématiques supérieures que ce qui était enseigné en classe (mais principalement en autodidacte). Il a été très tôt marqué dans son enfance par l'histoire américaine et particulièrement celle des droits civiques quand il a étudié la guerre civile américaine qui était livrée pour l'abolition de l'esclavage. La campagne pour les droits civiques aux USA atteignait à ce moment son plus grand développement parce qu'après que l'esclavage eut été aboli, de nombreux états pratiquaient une discrimination légale contre les noirs.

Il rappelle : « À cette époque, ils (les noirs) ont mené une campagne pour mettre fin à cela (la discrimination légale), et cette campagne a été un succès. Les nouvelles parlaient des manifestations et également de quelques affaires de meurtre d'activistes non-violents par des ségrégationnistes et des avocats des inégalités. Bien que je n'aie pas été très engagé à l'âge de 10 ans, j'en ai gardé le souvenir. »

Il n'y avait pas beaucoup d'ordinateurs à cette époque. Stallman se rappelle être allé dans un camp d'été en 1962 et en 1963 où il a lu un manuel d'apprentissage d'un langage de programmation et que cela l'a fasciné. Il dit « J'ai lu ces manuels et commencé à écrire des programmes sur papier. Il n'y avait pas d'ordinateur disponible car c'était bien trop cher pour qu'un camp d'été puisse en posséder un. »

La première fois qu'il a pu réellement voir un ordinateur et pu en faire quelque chose, c'était en 1969 au centre scientifique IBM de New York.

Études de physique à Harvard, car la thèse n'était pas obligatoire

Stallman avait toujours été intéressé par la physique, autant que par les mathématiques. Pour lui, la décision d'opter pour la physique à l'Université était uniquement une question d'obligations académiques. Il explique : « Pour obtenir une licence avec mention en Mathématiques, il fallait rédiger un mémoire, tandis que pour la physique ce n'était pas exigé. Lors de ma dernière année de lycée j'avais eu l'expérience d'un cours où il fallait rédiger de longs devoirs, et c'était vraiment dur pour moi. ». En pratique cela n'a pas fait de grosse différence car il a suivi des cours dans les deux matières et cela lui convenait très bien. Mais il n'a jamais pris de cours portant sur des sujets liés aux ordinateurs car il a trouvé un autre moyen d'aborder l'informatique.

Richard Stallman photo

Pendant sa première année, il a écrit des programmes pour une paire d'ordinateurs à Harvard. Il a écrit un interprêteur LISP pour PDP-11 (un mini-ordinateur 16 bits) et un programme qui était une contribution à l'un des projets logiciels de Harvard. Il ajoute : « Un professeur voulait un traitement qui puisse copier une structure de données consistant en de multiples objets dont chacun puisse pointer sur chacun des autres et qui soit supposée être une collection isomorphique d'objets pointant les uns vers les autres de la même façon. Je l'ai réalisé en utilisant les structures de pointeurs du langage. »

il a alors commencé à visiter toutes les installations informatiques qu'il a pu rencontrer pour voir s'il n'y aurait pas par hasard des manuels en double, qui lui auraient permis d'avoir davantage d'informations sur ces ordinateurs. Il visita également le laboratoire de science informatique et d'intelligence artificielle du Massachusetts Institute of Technologie le CSAIL (MIT Computer Science and Artificial Intelligence Laboratory). Il se rapppelle, « Il n'avaient pas de manuels, mais à la place ils m'ont donné un travail, et j'ai continué à travailler là, avec de brèves interruptions jusqu'en 1984. »

Il y travaillait un peu pendant l'année universitaire, et beaucoup pendant l'été.

Il abandonne son doctorat et trouve sa voie dans la programmation

Après l'obtention de son diplôme, il est devenu doctorant au MIT, mais a abandonné après un an. Il nous dit : « Il s'est avéré que je n'ai jamais vraiment compris comment faire la recherche en physique. J'ai aimé apprendre la physique, mais la recherche m'a simplement laissé perplexe. ».

Il pratiquait les danses folkloriques internationales, mais une blessure en fin d'année a eu comme conséquence qu'il ne pourrait désormais plus danser. Ce fut un crève-coeur qui l'a laissé totalement déprimé.

La programmation et l'écriture de logiciels que les gens pouvaient réellement utiliser donnait à Stallman une sorte de satisfaction. Du coup il abandonna la physique et commença à travailler pour le CSAIL du MIT où il développa des programmes comme Emacs.

L'intelligence artificielle n'avait à l'époque pas encore atteint le point où elle pouvait réellement avoir des résultats utilisables. Il n'existait pas de programmes de réseaux neuronaux. Stallman a travaillé sur deux projets d'Intelligence Artificielle avec le professeur Gerry Sussman. Les deux étaient des programmes qui pouvaient faire des raisonnements concernant des circuits électriques, mais pas en résolvant une grande quantité d'équations en parallèle. Ils le faisaient en utilisant les lois et les méthodes qu'un humain aurait utilisées pour comprendre un circuit. Ils pouvaient vous dire exactement comment ils étaient arrivés à chacune de leurs conclusions.

Le labo d'IA du MIT, où tout à commencé

Richard_Matthew_Stallman

À l'origine, au labo d'Intelligence Artificielle du MIT, il n'y avait aucune restriction imposée par la force. Le système d'exploitation utilisé au labo s'appelait Incompatible Time Sharing (ITS)[2] qui avait été écrit par les hackers du laboratoire juste deux ans avant l'arrivée de Stallman. Ces hackers, comme lui, abordaient l'informatique avec espièglerie

Les dirigeants du laboratoire refusèrent de mettre aucune sécurité informatique sur les ordinateurs du labo. Ils savaient que si ils implémentaient la sécurité, alors des administrateurs prendraient les rênes et l'utiliseraient pour contrôler les hackers. Et les hackers ne voulaient pas être contrôlés par des administrateurs. Ils ont réalisé que s'ils ne créaient pas de chaînes que les administrateurs puissent utiliser contre eux, alors les administrateurs ne pourraient rien. Donc ils décidèrent de ne pas implémenter ces chaînes. Stallman adorait cet esprit de liberté et devint l'un de ses défenseurs.

Finalement il y eut des pressions pour que de la sécurité soit implémentée. En fin de compte, au labo d'IA sur le PDP-10, des gens comme Stallman ne les ont jamais laissé implémenter une réelle sécurité. Mais à un moment donné il a craint qu'ils puissent essayer de mettre en oeuvre un contrôle d'accès aux fichiers. Il ajoute :

Des fonctions de sécurité sur un ordinateur personnel, où tout ce qu'elles font est de protéger l'ordinateur d'un utilisateur, ne sont pas un problème. Sur un ordinateur partagé, elles sont intolérables. Ce que nous avons décidé de faire, au lieu de donner à quelqu'un un pouvoir tel qu'il puisse forcer les autres à obéir à des règles de sécurité et punir ceux qui désobéiraient, c'est de construire une communauté dans laquelle les gens traiteraient tous les autres décemment parce que ce serait leur habitude et qu'ils voudraient que cela continue comme ça, et ça a fonctionné.

Stallman voulut parler à de nombreux jeunes hackers qui étaient considérés comme des fauteurs de troubles. L'impact fut phénoménal. Presque tous ont été impressionnés par l'idée que l'on puisse ne pas les mépriser. Ils ont reconsidéré leurs objectifs. Il rappelle, « Nous avons commencé à en avoir un grand nombre, nous les appellions les touristes, qui voulaient visiter nos machines et qui en majorité ne causaient aucun ennui à quiconque, et certains d'entre eux ont, en réalité, lu et parfois contribué à notre code. L'un d'eux, plus tard, devint même professeur au labo d'IA et y est encore. »

Lisp Machine Inc contre Symbolics : la bataille qui a déchiré le labo d'IA du MIT

Stallman voulait rester au labo du MIT et continuer à hacker pour le restant de ses jours. Mais cette option lui a été retirée, car la communauté de hackers a été détruite. Ceci est arrivé à cause de deux sociétés qui tournaient autour du labo d'IA et en étaient l'émanation (Lisp Machine Inc et Symbolics) et qui ont commencé à se battre entre elles. Les deux sociétés fabricaient des machines Lisp, qui avaient été historiquement créées par des gens du labo d'IA.

rms

Alors la société Symbolics posa un ultimatum aux hackers du labo d'IA en les obligeant à choisir leur camps, soit avec Symbolics, soit contre elle. Stallman dit : « Donc la seule chose honorable à faire était d'être contre Symbolics. Lancer un tel ultimatum est un acte de guerre. Ils avaient déclaré la guerre au laboratoire où je travaillais. »

Il existait un contrat entre le MIT et les deux sociétés (Symbolics et Lisp Machine Inc) qui stipulait qu'ils devaient reverser leurs modifications au MIT. Il ne disait pas si le MIT avait le droit de redistribuer ces changements. Au début, cependant, les deux sociétés ont donnés leurs modifications au MIT avec autorisation de les redistribuer. Ainsi le système de machines Lisp du MIT continuait à progresser. L'ultimatum de Symbolics mis fin à cela.

Pour défier Symbolics, Stallman maintint la version du MIT du système d'exploitation de ses machines Lisp et l'améliora. Dans les faits, il pris sur lui de réaliser toutes les améliorations que les hackers de Symbolics (5-6 d'entre eux) avaient faites. De plus il ne pouvait pas utiliser leur code.

La construction de la communauté du logiciel libre – la fondation du projet GNU

Après deux ans, Stallman décida de faire quelque chose de plus. Il dit : « Je n'ai pas voulu consacrer le reste de ma vie simplement à contrecarrer ou punir un mal particulier. Symbolics a détruit la communauté que j'aimais. La communauté du logiciel libre des années 70 était morte. Je voulais créer une autre communauté du logiciel libre. Je voulais créer une autre communauté que je puisse aimer. »

Mais cela ne pouvait pas se faire avec le vieux système du PDP-10 car il était devenu obsolète. Ce n'était pas faisable non plus avec le système des machines Lisp car il était lié à deux sociétés particulières. Du coup Stallman dut repartir de zéro. Ce qui signifie qu'il dut se poser des questions du genre :

  1. Sur quel genre d'ordinateur ce système devrait-il tourner ?
  2. Quel genre de système devrait-il être pour être le plus efficace possible dans la constitution d'une communauté du logiciel libre ?

Il décida de développer un système d'exploitation ressemblant à Unix qui soit plus ou moins portable de manière à ce qu'il puisse être utilisé sur tous les ordinateurs. Il devrait être entièrement composé de logiciels respectant la liberté. Il ajoute :

Un système de plus qui piétine la liberté ne serait pas un progrès pour le monde. Les gens qui les écrivent cherchent à acquérir du pouvoir sur les autres et je souhaite qu'ils échouent tous. En fait je voudrais les faire échouer. Une partie des raisons pour développer le système GNU était de faire échouer Unix. Je voulais remplacer l'injustice du système social lié à l'utilisation d'Unix par l'utilisation d'un système d'exploitation juste et respectant la liberté en utilisant GNU.

RMS with a large "aureole" by Roberto Brenlla
RMS avec une grande « auréole » par Roberto Brenlla

Qu'est-ce que le logiciel libre ?

Selon Stallman, un logiciel libre est un logiciel qui respecte la liberté des gens et de la communauté. Avec un programme il existe deux possibilités. Soit l'utilisateur contrôle le programme, soit le programme contrôle l'utilisateur. Quand l'utilisateur contrôle le programme, ce programme est un logiciel libre. La liberté implique d'avoir le contrôle sur votre propre vie et les activités que vous avez dans votre vie. Si vous utilisez un programme pour réaliser une activité, le contrôle de l'activité demande le contrôle du programme que vous utilisez pour la réaliser.

Stallman a défini quatre libertés essentielles que l'utilisateur doit posséder pour avoir le contrôle sur n'importe quel programme.

  • La liberté 0 est la liberté d'exécuter le programme comme vous voulez, pour n'importe quel usage.
  • la liberté 1 est la liberté d'étudier le fonctionnement du programme, et de le modifier pour qu'il effectue vos tâches informatiques comme vous le souhaitez.

Stallman dit : « Nous avons également besoin de la liberté de nous unir et de travailler ensemble pour faire des programmes correspondant à un souhait collectif. Ceci s'applique à tout groupe d'utilisateurs qui choisissent de collaborer. Cela demande deux autres libertés essentielles ».

  • La liberté 2 est la liberté de faire des copies conformes du programme tel que vous l'avez reçu et de le donner ou le vendre à d'autres quand vous le voulez.
  • La liberté 3 est la liberté de faire des copies de vos versions modifées et de les donner ou les vendre à d'autres quand vous le voulez.

De cette façon l'utilisateur contrôle le programme, à la fois individuellement et collectivement. Stallaman ajoute :

« Avec le logiciel propriétaire, les utilisateurs n'ont pas les quatre libertés mentionnées ci-dessus et avec ce genre de programme, le développeur a le pouvoir sur les utilisateurs. Écrire du logiciel non-libre est une tentative de subjuguer d'autres personnes. cela ne devrait pas exister et les développeurs ont tort de faire ça.  »

Atteindre le point

Stallman voulait que tout le monde passe au logiciel libre, afin que tout le monde aie la liberté. Pour gagner un peu de temps dans l'écriture de nouveaux composants logiciels (pour construire GNU), il a rendu visite aux développeurs de BSD (Berkeley Software Division) qui à cette époque était une version modifiée d'Unix. BSD était une version propriétaire d'Unix qui nécessitait une licence d'accès aux sources d'AT&T qui coûtait 50 000 dollars. Stallman demanda aux développeurs de séparer leur code et leurs modifications du logiciel d'AT&T et de réaliser un système qu'aurait pû utiliser le projet GNU. Il se rappelle :

« Pendant les années 80, d'autres personnes écrivaient différents logiciels libres que d'autres commençaient à utiliser sur des systèmes Unix. Mais tant que nous n'avions pas un système complet, avec tous les éléments nécessaires, on ne pouvait pas encore utiliser un ordinateur en liberté. Donc tous mes efforts tendaient à atteindre ce point. »

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World Wide Web : le coupable

Dans les années 90, Stallman a à peine vu venir le World Wide Web, car dans les débuts tous les navigateurs étaient propriétaires. Il voulait que quelqu'un écrive un navigateur libre, mais il s'est passé beaucoup de temps avant que cela n'arrive. Le logiciel de Mozilla était un grand pas en avant pour le logiciel libre et le World Wide Web. Depuis lors il y a eu beaucoup de logiciels libres développés, principalement destinés aux serveurs web. Stallman dit :

Il est facile d'avoir un vraiment bon serveur web sans avoir à installer aucun logiciel non libre. Mais il y a 10 ans, un mauvais changement a commencé à se produire dans le World Wide Web. Les gens ont commencé à utiliser JavaScript de manière très complexe de sorte qu'un site ne fonctionnera plus si vous n'utilisez pas des logiciels JavaScript dans votre navigateur. Ces logiciels sont généralement propriétaires.

Face à cela la communauté du logiciel libre a adopté deux approches  :

  1. Convaincre les développeurs de faire fonctionner leur site sans aucun logiciel JavaScript non-libre. Du coup la meilleure option était de faire en sorte que le site fonctionne avec JavaScript désactivé.
  2. D'autres personnes ont commencé à écrire des extensions pour Firefox qui prennent en charge les fonctions du site sans utiliser le JavaScript du site.

Des similarités avec le Mahatma Gandhi

Stallman compare le mouvement du logiciel libre avec le mouvement pour la liberté conduit en Inde par le Mahatma Gandhi. Il dit : « Il y avait un système qui subjuguait certaines personnes et une partie de ce système était construit sur les tissus britanniques. Du coup Gandhi invita les gens à simplement refuser les tissus britanniques et à fabriquer leurs propres tissus (khadi). Il a simplement dit, "Nous n'avons pas besoin de votre tissu au point de différer notre demande d'indépendance". Le projet GNU est similaire à ça. Nous avions des sociétés qui nous proposaient des logiciels que nous ne pouvions utiliser que dans des termes qui nous retiraient notre liberté. A quoi j'ai répondu, nous ferons sans vos logiciels non-libres. Nous n'avons pas envie de vos logiciels au point d'abandonner note liberté et nous ferons nos propres logiciels et les utiliserons. »

Où en est le logiciel libre aujourd'hui ?

La réussite principale du mouvement du logiciel libre est d'avoir développé les système d'exploitation GNU qui permet d'utiliser un ordinateur et de conserver sa liberté. GNU est normalement utilisé avec le noyau Linux. Stallman dit :

« Des millions de gens utilisent ce système. La majorité d'entre eux ne respecte pas notre travail. Ils se réfèrent au système en tant que Linux et pense qu'il a été entrepris par Linux Torvalds en 1991. Ils ne savent pas que c'est un système GNU et a été commencé par moi en 1984. C'est injuste pour nous qu'ils créditent un autre pour notre travail. Les gens devraient l'appeler GNU/Linux qui nous donnerait une égalité de notoriété et la moitié du crédit. Nous avons contribué à la plus grande partie du code et il est juste de demander un égal traitement. »

Richard_Stallman CC

Aujourd'hui, il existe de dizaines de milliers de programmes libres, parmi lesquels une bonne partie (15 000) sont référencés dans directory.fsf.org.

Cependant les temps changeant, les problèmes ont aussi changé. Aujourd'hui, alors que l'on peut exécuter toutes les fonctions de base d'un ordinateur avec des logiciels libres, il existe des problèmes avec le matériel. Stallman prétend que les UC Intel modernes ne fonctionnent pas directement sans l'installation de programmes non libres et certains d'entre eux sont des logiciels malveillants (le moteur de gestion). Il ajoute : « Il s'agit d'une porte dérobée (back door) dans le processeur. Même les produits AMD présentent le même problème. Il y a des périphériques qui ne fonctionneront pas tant que le système d'exploitation n'aura pas installé un morceau de code non-libre dans le processeur. »

Selon Stallman, les téléphones mobiles découragent ou même interdisent aux utilisateurs d'installer des programmes non approuvés. Presque toutes les applis approuvées sont propriétaires et il en va de même du système d'exploitation. C'est une des raisons pour lesquelles il n'a pas de téléphone mobile.

Ses rapports avec l'Inde

Stallman a fait une visite en Inde en 1993 quand il participait à une campagne pour dissuader l'Inde d'adhérer à l'Organisation Mondiale du Commerce. C'est à cette occasion qu'il entendit parler de l'ancienne loi sur les brevets de l'Inde (1970) où les brevets n'ont pas été pris sur des médicaments, mais sur les méthodes de production de ces médicaments. Cette loi était due à un raisonnement du gouvernement indien qui était que la contribution de l'Inde à de nouveaux médicaments serait insignifiante mais que l'Inde pouvait faire d'importantes recherches sur la manière de produire des médicaments moins chers. Avec un brevet de style US, si un médicament est breveté il n'est pas utile de chercher à le produire pour moins cher, puisque de toute façon le brevet vous interdira de le produire. En 1993 l'Inde était sur le point de signer le traité par lequel elle adopterait un type de brevet de style US qui serait nuisible. (Vous pouvez lire Stallman’s views on Business Supremacy Treaties pour en savoir plus).

Finalement cette campagne a échoué et l'Inde a rejoint l'OMC en 1995.

Aadhaar et les activités de pistage

Stallman croit que l'identification des personnes est la base de la tyrannie. Il souligne que les identifications biométriques aux USA ont commencé comme une façon de traquer les esclaves, et ce n'est pas vraiment une coïncidence. Il ajoute : « Les cartes d'identité sont un outil pour la tyrannie, et je suis certain que le gouvernement de l'Inde fera un plein usage de cet outil dans des buts injustifiables. »

Pour appuyer ses dires, il cite même le livre Né au Tibet : « Il n'y a pas que les moyens évidents d'intimidations comme les mitrailleuses ou les camps de concentration qui comptent ; Un produit imprimé aussi petit qu'une carte d'identité, en permettant facilement aux autorités de garder en permanence un oeil sur les mouvements de tout le monde sur la longue durée, représente un frein toujours plus efficace à la liberté. Au Tibet, par exemple, l'introduction d'un tel système par les communistes chinois, après le soulèvement avorté de 1959, et son utilisation dans le rationnement de la nourriture a été l'un des principaux moyens pour garder la population entière dans un état d'assujettissement et les contraindre à effectuer les travaux décrétés par les occupants étrangers. »

Selon Stallman, avoir des information sur ce que chaque personne fait est un danger. Il y a une poussée dans le monde entier pour suivre à la trace les gens et tout ce qu'ils font. Stallman rejete la majeure partie de ces système de surveillance des personnes. Il croit que cette surveillance est un moyen conduisant à la tyrannie. Il n'achète les choses qu'en liquide, et n'a utilisé une carte de crédit dans la dernière décennie environ que pour acheter des billets d'avion (parce que de toute façon pour cela on lui demande des papiers d'identité).

Des outils pour « Réprimer les dissidents »

Dans l'opinion de Styallman, pister les gens conduit à la répression des dissidents. Il explique

Si vous savez où chacun se rend, et avec qui parle chaque personne, alors vous pouvez arrêter tous les dissidents et les emprisonner le même jour. Cela arrive partout dans le monde et c'est une des raisons pour lesquelles je n'ai pas de téléphone portable. Je ne pense pas que l'état aie le moindre droit de savoir où je vais et avec qui je parle. Cela représente beaucoup trop de pouvoir pour l'état. Je veux que l'état soit capable d'enquêter sur des crimes, mais seulement quand une cour a ordonné d'enquêter.

Richard Stallman à la FSF

Stallman mentionne qu'il existe des routes aux USA que l'on ne peut utiliser sans être identifié (par des péages où votre identité est enregistrée). Selon lui, ce n'est pas un problème technique, juste une volonté morale. Dans le projet GNU, une équipe a développé un système appelé GNU Taler. C'est un outil servant à rendre les paiements mathématiquement anonymes. Le système donne au commerçant chez qui vous achetez la garantie d'un paiement assuré. Par contre le commerçant ne peut savoir de qui provient le paiement. En plus, pour convertir les jetons taler en argent, chaque marchand doit contacter l'hôtel des monnaies (l'organisation responsable de la distribution des jetons taler) et s'identifier lui-même. De cette façon le taler ne facilite pas la fraude fiscale.

Stallman salue le récent jugement de la Cour Suprême Indienne, faisant du droit à la vie privée un droit fondamental, mais commente,

Pour que cette décision produise de vrais bénéfices, il doit (le droit à la vie privée) être transcrit dans la pratique par des jugements spécifiques sur des questions particulières comme : est-ce que le traçage des véhicules par des puces RFIDs est une violation de la constitution indienne ?

« Start-ups » et concurrence : indésirables et mauvaises

Stallman considère que démarrer une entreprise est une chose complètement indésirable. Tôt dans sa carrière (dans les années 70), il a conçu l'opinion que cela ne lui aurait rien apporté à part de l'argent. Il dit,

Cela aurait éliminé de ma vie toutes les bonnes choses, en échange d'argent. Quelle folie cela aurait été. Je n'ai jamais eu ce genre de désir. J'aimais être libre de hacker et au MIT j'étais libre de le faire. J'étais un développeur système. Mon travail consistait à améliorer le système de toutes les façons que je pouvais imaginer ou que d'autres pouvaient me suggérer.

Stallman n'a rien contre le fait de créer un restaurant, ou une société de logiciels libres. Cependant il pense que créer une start-up de logiciel propriétaire est injuste.

Il dit : « Ils créent des logiciels qui traquent les gens. Ils créent des produits qu'ils veulent que vous installiez chez vous, qui communiquent en permanence avec les serveurs de la société et ils ont souvent une porte dérobée par laquelle ils peuvent à distance modifier leur logiciel d'espionnage des utilisateurs. Si vous êtres raisonnable vous détruirez chacuns de ces produits que vous pourrez trouver chez vous. »

Stallman considère Uber comme une horreur parce qu'ils obligent leurs utilisateurs à s'identifier eux-même et les traque dans leurs bases de données. Il n'aime pas le fait que les gens soient obligés d'utiliser un programme propriétaire pour communiquer avec Uber. Il dit : « Il y a un mot anglais, "goobers" qui signifie cacahuètes. Parfois j'appelle cette société (Uber) Guber car elle paye ses chauffeurs des cacahuètes. »

Stallman était content de hacker tout le temps et ne voulait pas entrer dans la compétition, poursuivre son doctorat, pour entrer dans une carrière académique. Il dit,

Je n'aime ni ne comprends émotionnellement la compétition. Je comprends la guerre. Je comprends qu'on puisse combattre un ennemi qu'il faut battre. La compétition n'est pas une raison morale pour essayer de battre quelqu'un. Et ce n'est pas une raison suffisante pour considérer chacun comme un adversaire.

L'avenir et ses défis

Selon Stallman, le problème politique majeur de nos jours est que le monde des affaires a trop de pouvoir et les citoyens pas assez.

Stallman croit que l'avenir est ce que nous en ferons tous ensemble. Cependant il croit qu'il y a des entreprises et leurs laquais qui essayent de rendre le monde encore pire. Il pense également qu'il y a des rôtisseurs de planète qui essayent de pomper le pétrole jusqu'à la dernière goutte et réchaufferont la Terre jusqu'à détruire la civilisation technologique.

Il dit : « Ils prévoient de vous tuer. Avant que vous n'atteignez votre espérance de vie naturelle, les choses auront si mal tourné que vous serez probablement tués par eux. Si vous avez des enfants, ce que j'espère que vous n'avez pas (parce qu'ils ne vivront probablement pas jusqu'à leurs quarante ans), ils seront pris dans ce qui se profile comme le plus grand meurtre de masse de l'histoire humaine. Obtenir un avenir décent n'est pas facile face à des ennemis aussi forts. »

Il suggère qu'un grand nombre de campagnes politiques ont besoin d'aide. Ce sont les campagnes contre les carburants fossiles, les gouvernements ploutocratiques, les traités de domination commerciale, le commerce international illimité et également contre le logiciel propriétaire qui est devenu un outil important utilisé pour maintenir un contrôle sur les gens.

Richard Stallman  : aller plus loin

Le modèle de Stallman est le docteur Ambedkar. Il croit que la vérité, la beauté et la justice sont des choses pour lesquelles il est important de travailler. Il dit : « Je ne fais pas grand chose pour la beauté, mais je travaille pour la vérité et la justice. »

Il avait l'habitude de jouer du Gamelan Balinais au MIT et avant cela il a pratiqué des danses flokloriques internationales. Il écrit aussi des parodies de chansons.

En prenant du recul, il pense qu'il y a plusieurs choses qu'il n'a pas traitées de la meilleur façon possible. Il dit : « Je n'ai pas travaillé de la meilleure façon possible lors de l'apparition du noyau Linux. Avec la licence publique générale GNU, il aurait été préférable que la version 2 dise que les futures versions de la licence seraient automatiquement applicables aux programmes réalisés sous cette version. »

Quand on l'interroge sur ses motivations, Stallman a une réponse simple : « Que pouvais-je faire d'autre ? Renoncer ? »

En bref, Stallman se définit lui-même comme un « défenseur de la liberté » et délivre le message suivant à tout le monde :

Combattez pour la liberté et n'abandonnez pas ce combat pour un peu de confort. Ne vous laissez pas conduire comme un troupeau dans une situation où on aurait tout pouvoir sur vous.


[1] Note du traducteur : Aadhaar est un projet gouvernemental de recensement biométrique de la population indienne. Voir l'article de Wikipedia anglais assez complet.

[2] Note du traducteur : Partage de temps incompatible.

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